Vigiles de l'âme
Fête du 1er octobre

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

et de la Sainte-Face · Carmélite de Lisieux, docteur de l’Église · 1873 – 1897
1er octobre — Calendrier romain Mémoire

Elle n’a vécu que vingt-quatre ans, dont neuf derrière la grille d’un Carmel de province. Elle n’a rien fondé, rien prêché, presque rien fait que l’on puisse raconter. Et pourtant, le petit cahier qu’elle a écrit par obéissance a fait le tour du monde.

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus — illustration Vigiles de l’Âme pour le 1er octobre
« Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre. »
Premier regard

Un livre écrit pour obéir

Thérèse n’a pas écrit pour être lue. Elle a écrit parce qu’on le lui a demandé — et c’est peut-être pour cela que ces pages touchent si juste.

Regard

En 1895, sa sœur aînée Pauline, devenue Mère Agnès de Jésus et prieure du Carmel, lui demande de mettre par écrit ses souvenirs d’enfance. Thérèse obéit, le soir, dans de petits cahiers d’écolière. En 1896 puis en 1897, deux autres textes s’y ajoutent : une longue lettre à sa sœur Marie, et un dernier cahier, écrit quand la maladie l’avait déjà prise, pour la nouvelle prieure, Mère Marie de Gonzague.

Un an après sa mort, ces pages paraissent sous le titre Histoire d’une âme. On en tire d’abord deux mille exemplaires, pour les Carmels. Elles seront traduites dans des dizaines de langues, et c’est ce livre qui fera d’une religieuse inconnue une sainte, puis une docteur de l’Église.

Ce qui suit reprend les douze chapitres du livre, dans l’édition de 1912. Pour chacun, une parole de Thérèse, telle qu’elle l’a écrite — et quelques lignes pour l’accueillir.

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Histoire d’une âme

Douze chapitres, douze paroles

I

Les premières notes d’un cantique d’amour

Le cœur d’une mère. Souvenirs de deux à quatre ans.

Alençon · 1873 – 1877

Le livre s’ouvre sur un enfant qui joue. Léonie, trop grande pour les poupées, apporte une corbeille de chiffons et de rubans à ses deux petites sœurs. Céline choisit un peloton de ganse. Thérèse, trois ou quatre ans, tend la main :

« Je choisis tout ! » et j’emportai corbeille et poupée sans autre cérémonie. Ce trait de mon enfance est comme le résumé de ma vie entière. Histoire d’une âme, chapitre I

On sourit — puis on comprend. Ce caprice d’enfant deviendra la règle d’une vie : ne pas choisir la moitié de Dieu, ne pas négocier. Thérèse ne veut pas être une sainte à moitié. Elle veut tout, et elle le dit dès la première page.

II

Mort de sa mère · Les Buissonnets

Amour paternel. Première confession. Les veillées d’hiver. Vision prophétique.

Lisieux · 1877 – 1881
Thérèse enfant dans le jardin des Buissonnets, auprès de son père Louis Martin.

Zélie Martin meurt en août 1877 ; Thérèse a quatre ans et demi. Louis Martin s’installe avec ses cinq filles à Lisieux, aux Buissonnets. Chaque après-midi, il emmène sa benjamine visiter le Saint-Sacrement dans une église de la ville. Un jour, c’est la chapelle du Carmel :

« Vois-tu, ma petite reine, me dit papa, derrière cette grande grille, il y a de saintes religieuses qui prient toujours le bon Dieu. » Histoire d’une âme, chapitre II

« Ma petite reine » : c’est ainsi que son père l’appelait. Neuf ans plus tard, elle sera derrière cette grille. Toute vocation commence souvent ainsi — par un regard posé, sans insister, par quelqu’un qui nous aime.

III

Le sourire de la Reine du Ciel

Le pensionnat. Douloureuse séparation. Maladie étrange. Un visible sourire de la Reine du Ciel.

1881 – 1883
Thérèse malade regarde la statue de la Vierge tandis que ses sœurs prient auprès d’elle.

Pauline, sa « seconde mère », entre au Carmel. Thérèse, dix ans, tombe dans une maladie que personne ne comprend : tremblements, délires, épuisement. Ses sœurs prient au pied de la statue de la Vierge, dans sa chambre. Elle-même se tourne vers sa « Mère du ciel » :

Son visage respirait une douceur, une bonté, une tendresse ineffable ; mais, ce qui me pénétra jusqu’au fond de l’âme, ce fut son ravissant sourire ! Histoire d’une âme, chapitre III

C’était le 13 mai 1883, jour de la Pentecôte. Thérèse est guérie. Elle ne parlera jamais d’apparition ; seulement d’un sourire. Comme si, pour relever une enfant brisée, Dieu n’avait eu besoin que de cela.

IV

Première Communion

Confirmation. Lumières et ténèbres. Nouvelle séparation.

8 mai 1884

Elle a onze ans. Elle s’y est préparée pendant des mois, comptant ses petits sacrifices sur un carnet comme on prépare un trousseau. Le jour venu, les mots lui manquent presque :

Ah qu’il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme ! Oui, ce fut un baiser d’amour ! […] Ce jour-là, notre rencontre ne pouvait plus s’appeler un simple regard, mais une fusion. Histoire d’une âme, chapitre IV

Elle ajoute : « Jésus ne me fit aucune demande, il ne réclama aucun sacrifice. » La première communion de Thérèse n’est pas un examen réussi : c’est une rencontre. Une goutte d’eau, écrit-elle, qui se perd dans l’océan.

V

La grâce de Noël · Première conquête

Zèle des âmes. Douce intimité avec sa sœur Céline. Elle obtient de son père la permission d’entrer au Carmel à quinze ans.

Noël 1886 – 1887

La nuit de Noël

Thérèse adolescente au retour de la messe de minuit, dans la lumière des bougies de Noël.

À presque quatorze ans, Thérèse pleure de tout et de rien ; elle se dit elle-même « vraiment insupportable ». Il faudrait, écrit-elle, « Un petit miracle était nécessaire pour me faire grandir en un moment ». Il a lieu au retour de la messe de minuit, en 1886 :

En cette fête de Noël, en cette nuit bénie, Jésus, le doux Enfant d’une heure, changea la nuit de mon âme en torrents de lumière. Histoire d’une âme, chapitre V

Pranzini, « mon premier enfant »

Thérèse prie devant un crucifix pour Pranzini, un journal posé près d’elle.

Quelques mois plus tard, en 1887, toute la France parle d’Henri Pranzini, condamné à mort pour un triple assassinat, et qui refuse toute marque de repentir. Thérèse, quatorze ans, décide de prier pour lui. Elle ne doute pas de la miséricorde ; elle demande seulement un signe :

« Mon Dieu, je suis bien sûre que vous pardonnerez au malheureux Pranzini ; je le croirais même s’il ne se confessait pas et ne donnait aucune marque de contrition, tant j’ai confiance en votre infinie miséricorde. Mais c’est mon premier pécheur ; à cause de cela, je vous demande seulement un signe de repentir pour ma simple consolation. » Histoire d’une âme, chapitre V

Le 31 août 1887, Pranzini monte à l’échafaud sans s’être confessé. Le lendemain, Thérèse ouvre le journal La Croix : au dernier instant, le condamné s’est retourné, a saisi le crucifix que lui tendait l’aumônier, et en a baisé trois fois les plaies. Et Thérèse dit pourquoi ce signe-là la bouleverse tant :

N’était-ce pas devant les plaies de Jésus, en voyant couler son sang divin, que la soif des âmes avait pénétré dans mon cœur ? […] et les lèvres « de mon premier enfant » allèrent se coller sur les plaies divines ! Quelle réponse ineffable ! Histoire d’une âme, chapitre V

Elle ne l’a jamais rencontré. Elle l’appelle pourtant « mon premier enfant ». C’est là que naît sa vocation de prière pour les pécheurs : non pas les juger, mais les enfanter, dans le secret, à la miséricorde.

VI

Voyage de Rome · Audience de Léon XIII

Réponse de Monseigneur l’Évêque de Bayeux.

20 novembre 1887
Thérèse agenouillée devant le pape Léon XIII lors de l’audience au Vatican en 1887.

L’évêque de Bayeux a répondu : trop jeune. Alors Thérèse part en pèlerinage à Rome avec son père et Céline, décidée à tout tenter. Il est interdit de parler au Pape pendant l’audience. Céline lui souffle : « Parle ! »

« Très Saint Père, répétai-je, en l’honneur de votre Jubilé, permettez-moi d’entrer au Carmel à quinze ans ! » […] Il me regarda fixement, et prononça ces mots en appuyant sur chaque syllabe d’un ton pénétrant : — « Allons… Allons… vous entrerez si le bon Dieu le veut. » Histoire d’une âme, chapitre VI

Deux gardes durent la relever : elle restait à genoux, les mains jointes sur les genoux du Pape. Elle repart en larmes, persuadée d’avoir échoué. Quelques semaines plus tard, l’évêque donne son accord. « Si le bon Dieu le veut » : la réponse la plus évasive de son voyage était, en fait, la plus vraie.

VII

L’entrée au Carmel

Entrée de Thérèse dans l’Arche bénie. Premières épreuves. Les fiançailles divines. De la neige. Une grande douleur.

9 avril 1888

Elle a quinze ans et trois mois. La veille, dernier repas de famille aux Buissonnets ; le matin, elle franchit la porte de clôture. Plus tard, interrogée lors de l’examen qui précède sa profession, elle dit en une phrase pourquoi elle est là :

Je suis venue pour sauver les âmes, et surtout afin de prier pour les prêtres. Histoire d’une âme, chapitre VII

Pas pour fuir le monde, ni pour être tranquille : pour les autres. Le Carmel de Thérèse n’est pas une retraite, c’est un poste avancé. Et ce chapitre parle aussi de la « grande douleur » : la maladie de son père, qui doit être interné. La croix arrive en même temps que la joie.

VIII

Une victime d’Amour

Les Noces divines. Une retraite de grâces. La dernière larme d’une sainte. Mort de son père. Comment Notre-Seigneur comble tous ses désirs.

1890 – 1895

À son époque, certaines âmes s’offrent comme victimes à la justice de Dieu, pour détourner sur elles les châtiments dus aux pécheurs. Thérèse admire, mais ne s’y reconnaît pas. Elle pense à un autre amour, méconnu, rejeté — et le 9 juin 1895, elle fait une offrande d’un genre nouveau :

Ô Jésus, que ce soit moi cette heureuse victime, consumez votre petite hostie par le feu du divin amour. Histoire d’une âme, chapitre VIII

Ce n’est plus la justice qui demande des victimes : c’est l’Amour miséricordieux qui cherche des cœurs où se répandre. Toute la spiritualité de Thérèse bascule là : Dieu n’attend pas d’abord nos efforts, il attend qu’on le laisse aimer.

IX

L’Ascenseur divin

Premières invitations aux joies éternelles. La nuit obscure. La Table des pécheurs.

1897 · le dernier cahier
La petite voie : Thérèse au pied d’un escalier tend les mains vers les bras du Christ.

Elle a découvert qu’elle ne gravira jamais « le rude escalier de la perfection ». Elle est trop petite. Alors, dans un siècle d’inventions, elle cherche l’équivalent spirituel de ce que les riches installent dans leurs maisons :

L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, il faut au contraire que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. Histoire d’une âme, chapitre IX

C’est la petite voie. Elle l’écrit alors qu’elle est déjà malade, et plongée, dit-elle, dans une nuit de la foi où le ciel lui semble fermé. Elle ne prêche pas la confiance du haut d’une certitude : elle se laisse porter au moment même où elle ne voit plus rien.

X

Nouvelles lumières sur la charité

Le petit pinceau. Une prière exaucée. Les miettes qui tombent de la table des enfants. Le bon Samaritain.

1897
Thérèse soutient une religieuse âgée dans un corridor du Carmel.

Ici, pas de grandes scènes : la vie commune, des sœurs agaçantes, une vieille religieuse qu’il faut conduire au réfectoire et qui n’est jamais contente. Thérèse y découvre que la charité se joue dans l’ordinaire :

Quel festin pourrais-je offrir à mes sœurs, si ce n’est un festin spirituel composé de charité aimable et joyeuse ? […] toujours j’essaierai que les larmes se changent en sourires, puisque le Seigneur aime ceux qui donnent avec joie. Histoire d’une âme, chapitre X

Elle a vingt-quatre ans, elle crache le sang, et elle parle de festin. La charité de Thérèse n’est pas de serrer les dents en supportant les autres : c’est de leur faire une fête, même quand rien ne s’y prête.

XI

Ma vocation, c’est l’amour

Deux frères prêtres. « Attirez-moi… » Sa confiance en Dieu. Elle trouve son repos dans l’amour. Appel à toutes les « petites âmes ».

Septembre 1896
Thérèse dans sa cellule, devant la Bible ouverte, accueille sa vocation à l’amour.

Thérèse se sent toutes les vocations à la fois : guerrier, prêtre, apôtre, docteur, martyr. Elle voudrait parcourir la terre entière. Comment tenir ensemble ces désirs impossibles, dans une cellule de Lisieux ? En relisant saint Paul, elle comprend que l’Église a un cœur — et que ce cœur brûle d’amour :

« Ô Jésus, mon amour ! ma vocation, enfin je l’ai trouvée ! ma vocation, c’est l’amour ! Oui, j’ai trouvé ma place au sein de l’Église, et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée : dans le cœur de l’Église ma Mère, je serai l’amour !… Ainsi je serai tout ; ainsi mon rêve sera réalisé ! » Histoire d’une âme, chapitre XI

On retrouve l’enfant du premier chapitre : « Je choisis tout ! » Elle n’a pas renoncé à tout vouloir. Elle a trouvé le seul lieu où l’on peut tout recevoir sans rien prendre aux autres : l’amour.

XII

Le Calvaire · L’essor vers le Ciel

Le récit de ses derniers mois, rapporté par ses sœurs.

30 septembre 1897
Thérèse à l’infirmerie du Carmel, tenant un crucifix, entourée de ses sœurs en prière.

Thérèse n’a pas écrit ce dernier chapitre : ce sont ses sœurs qui racontent ses derniers mois, la tuberculose, les étouffements, l’angoisse. Et ses paroles, qu’elles ont notées. Au soir du 30 septembre 1897, après une longue agonie, elle regarde son crucifix :

« Oh !… Je l’aime !… Mon Dieu, je… vous… aime !!! » Histoire d’une âme, chapitre XII — ses dernières paroles

Elle avait vingt-quatre ans. En tête de ce chapitre, l’édition place une phrase qu’elle avait confiée quelques semaines plus tôt, et que l’Église n’a cessé de voir s’accomplir :

Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre. Après ma mort je ferai tomber une pluie de roses. Histoire d’une âme, en exergue du chapitre XII
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Ce qu’elle nous dit aujourd’hui

La sainteté des petits

Canonisée en 1925, patronne des missions sans avoir quitté son couvent, proclamée docteur de l’Église en 1997 par Jean-Paul II : la plus petite est devenue l’une des plus grandes.

Regard

Thérèse ne nous demande pas de faire de grandes choses. Elle nous montre une porte que tout le monde peut franchir : se reconnaître petit, et se laisser porter. Prier pour un inconnu que tout le monde condamne. Sourire à une sœur difficile. Offrir ce qu’on est, même quand on ne sent plus rien.

Si vous croyez que la sainteté n’est pas pour vous, relisez la première page : une enfant tend la main vers une corbeille et dit « Je choisis tout ». Dieu, lui aussi, nous choisit tout entiers — avec nos larmes, nos manques et nos petites mains vides.

« Mon Dieu, je… vous… aime ! » Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, 30 septembre 1897

Toutes les citations sont tirées de Histoire d’une âme, édition de 1912, texte du domaine public. Les éditions critiques actuelles (Manuscrits autobiographiques) en restituent la version originale, parfois légèrement différente.